S'il y a un truc qui m'a frappé quand j'ai lu les témoignages de dépendants cherchant à s'en sortir, c'est le nombre de ceux impliqués dans les programme de 12 étapes calqués sur le modèle des Alcooliques Anonymes. Et en lisant ce programme je me demandais bien en quoi il apportait une aide concrète. Y infuser la présence de Dieu je le comprenais mais la feuille de route me laissait perplexe. Non pas que j'y trouve une quelconque indigence intellectuelle comme m'en accusait John Warsen, après tout j'aime (aimais ?) bien Eckhart Tolle. Mais il me semblait y distinguer un certain manque de cohérence: A quoi bon risquer de mariner dans son jus en s'attardant sur ses faiblesses psychologiques qui sont de toute façon la marque de la créature separée de son Créateur. A mon sens si on a forte envie de s'unir à Dieu, nos dysfonctionnements on va vite les débusquer et les éliminer.
Du coup il me paraissait évident que ce programme bancal n'était effectif que pour un nombre limité de personnes, ceux ayant une expérience ou une forte aspiration à un état transcendant. Avant hier je disais à John Warsen que si untel s'était sorti de ses addictions c'était directement grâce à Dieu. Il m'a répondu que le sentiment de Dieu ne lui est venu que grâce à la fraternité des AA, et c'est à elle qu'il doit son rétablissement. Et c'est le cas de JW aussi, non seulement il le dit mais le ton de sa voix laisse peu de doute. Il est certes encore provisoirement préservé de la Grâce (bien que l'étau se ressère autour de lui) mais je pense qu'il ne me contredira pas si je dis que la stabilisation de son rétablissement est plus que le fruit de son effort individuel.
Je ne voyais dans cette fraternité qu'un soutien psychologique utile à ceux sensible à l'effet de groupe. Alors que potentiellement, comme dit Jésus "Là où 2 ou 3 se réunissent en mon nom, je suis au milieu d'eux" *. De même qu'avec un frère on partage quelque chose de commun non affecté par l'attirance ou la répulsion, la dépendance commune permet d'établir un contact plus profond que les simples niveaux physiques et psychologiques, différents par la forme chez chaque individu. Ce processus de perception de l'unité derrière l'altérité peut (devrait) se prolonger ultimement pour embrasser tous les êtres, identiquement dotés de la Nature Divine/de Bouddha (les hindouistes diront, je suppose, le Soi).
Dans cette optique on comprend mieux le conseil, d'Amm@ et d'autres maîtres "Ne voyez que le bien en chacun". Il s'agit non point de s'illusionner sur les qualités d'une personne mais de relier la manifestation humaine à sa Source (beaucoup de majuscules, hein). Ce mal si visible, le péché, n'existe qu'en tant que tentative de supprimer l'autre, la dualité. Bref une recherche pervertie de l'unité donc de Dieu.
Et pour reparler de la philosophie de AA, leur idée des "24 heures à la fois" devient ainsi applicable. Parce que dire ça d'emblée à un gars qui débute le sevrage et le perçoit dans une perspective d'enfermement, c'est un coup à le rendre dinguo.
Il serait peut-être plus habile au début de lui dire de trouver comment aménager sa vie en cellule, faire de l'exercice, bosser un truc. Ou mieux de lui dire de bien se comporter pour obtenir une permission de sortie pour voir le spectacle de fin d'année de sa fille. Alors l'état d'esprit change et les 24 heures deviennent un support plutôt qu'un mur où se cogner la tête.
* L'autre jour j'étais chez moi avec un pote un peu sceptique sur Amm@. A sa demande je lui montre des extraits de Darshan. Sans trop essayer de le convaincre, j'essaie homéopathiquement de désamorcer les craintes les plus grossières sur un éventuel attrape-nigaud. Déjà en expliquant à quel point sa vie se passe au vu et au su de tout le monde.
Et quand il a vu les images où elle donne le Darshan dans un stade pour son cinquantième anniversaire, j'ai senti qu'un truc basculait en lui et à ce moment l'atmosphère de la pièce a changé pendant 2,3 secondes.
dimanche 16 novembre 2008
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" A quoi bon risquer de mariner dans son jus en s'attardant sur ses faiblesses psychologiques qui sont de toute façon la marque de la créature separée de son Créateur."
RépondreSupprimerJe trouve la question pertinente. D'ailleurs je me suis demandé si les AA n'auraient pas plus de succès s'ils cessaient de se présenter sous la forme "Bonjour je suis untel et JE SUIS ALCOOLIQUE". Réitérer sans cesse une telle chose ne maintient-il pas en vie ce que nous voulons faire mourir?
Psychologiquement, c'est un bon moyen de rester humble sur sa condition, mais spirituellement, n'assistons-nous pas au maintient d'une réalité physique par l'expression continuelle d'une même parole?
Je connais pas les AA (John ?) mais je pense un peu comme toi, c'est d'ailleurs plus le fait de faire dériver son identité de l'addiction que de répéter sa réalité présente qui pourrait causer le problème.
RépondreSupprimerEt c'est à ce niveau-là que faire vibrer le groupe au diapason de la même onde (divine) peut produire son effet consistant à dissoudre cette cristallisation de la personnalité en fournissant un support plus inspirant.
Il ne s'agit pas de nier l'aspect psychologique mais de tenter de l'épurer pour se relier à un plan supérieur. Sinon le risque c'est que l'égrégore du groupe se constitue sur le mode "on se réchauffe tous en partageant la douleur".
Vouloir aider les gens seul avec ses propres forces c'est un peu comme donner un médicament dont l'excipient serait doux au goût mais le principe actif nocif. Dit autrement, remonter le moral à quelqu'un (je ne parle pas directement des AA) sans lui transmettre que la nature du Samsara est de générer l'insatisfaction le soulage mais n'enlève pas la racine des conceptions erronées.
"il me paraissait évident que ce programme bancal n'était effectif que pour un nombre limité de personnes, ceux ayant une expérience ou une forte aspiration à un état transcendant."
RépondreSupprimerimagine la proportion d'individus présentant ce type de disposition parmi les alcooliques pratiquants se présentant spontanément en réunion AA, et tu auras une idée de la dérive de tes présupposés par rapport à la réalité du terrain.
En fait, c'est l'inverse qui se produit : chacun dans le mouvement peut un jour faire le constat que si ce qu'il reçoit à travers les groupes est plus important que ce qu'il donne, il faut bien (mathématiquement) que le reste vienne de quelque part.
On n'en est pas là, loin s'en faut, chez les cyberdeps.
Et au fait, jeanjr, t'es pas du tout obligé de dire "je m'appelle machin et je suis alcoolique", tu peux dire "je suis MALADE alcoolique" "je suis abstinent " "je suis membre des AA" voire "je m'appelle machin et je vais bien (ou mal) aujourd'hui". Il n'y a nulle obligation.
L'idée de base, c'est que le produit est trop fort pour moi, que tout seul je ne vais pas y arriver, et que le groupe est la première entité qui va me permettre d'accéder à cette Puissance Supérieure (que je nommerai comme bon me semble) qui me délivre au quotidien de l'assuétude.
Et l'idée des 24 heures, c'est assurément une meilleure affaire sur le plan psychologique que celle de penser qu'on ne pourra plus jamais boire. T'as jamais vu l'épisode des Simpsons où Homer est contraint d'aller en réunion AA après une infraction routière ? le modérateur lui dit "bienvenue, Homer, grâce à nous tu ne boiras plus une seule goutte d'alcool de ta vie" alors Homer se jette à travers la fenètre fermée et s'enfuit en hurlant.
Je me souvenais juste de celui où il dit "A l'alcool, la cause et la solution de tous nos problèmes dans la vie".
RépondreSupprimerTiens, sur le thème de la dépendance à la came et au iporno, les épisodes 3 et 6 de la saison 12 de South Park sont tordants (facilement trouvables en streaming via Google). Le 3 a des images assez suggestives donc gaffe.
Kal.: "il me paraissait évident que ce programme bancal n'était effectif que pour un nombre limité de personnes, ceux ayant une expérience ou une forte aspiration à un état transcendant".
JW: "imagine la proportion d'individus présentant ce type de disposition parmi les alcooliques pratiquants se présentant spontanément en réunion AA, et tu auras une idée de la dérive de tes présupposés par rapport à la réalité du terrain.".
J'en conviens. Mais c'est aussi que par "effectif" j'idéalise un sevrage qui s'accompagnerait d'un développement harmonieux de la personnalité. Chez pas mal dep' (pas seulement X et pour parler de ce que j'ai lu) le sevrage au long cours semble ne pas éradiquer les tensions psychologiques profondes. Après ça dépend où on place son idéal, pouvoir fonctionner correctement en société et en famille c'est déjà pas mal.
Tu parles parfois des gens que tu croises aux AA, tu serais partant pour faire quelques articles sur ton blog (à moins qu'ils n'existent déjà), le récit global de ton expérience là-bas ? Par exemple avec le recul comment les différents types des personnes tirent profit du programme, ceux pour qui ça marche bien et ceux qui ont du mal ?
"à cette Puissance Supérieure (que je nommerai comme bon me semble)". Oui, c'est ce qui me dérange sur ce blog (bien plus que la sempiternelle mention d'Amm@), me retrouver à utiliser le mot Dieu alors que ça va rebuter la plupart des gens. Il faudrait dire de remplacer, à titre transitoire, le terme par la notion qui nous inspire le plus.
Ca me rappelle que dans le très drôle petit bouquin "Plus on est de sages, plus on rit", il y a l'histoire d'une femme qui va trouver le Staretz St Ambroise d'Optino pour lui demander un conseil sur comment élever ses dindons, et elle l'obtiens.
Au moine qui en appartée s'en étonne, le Staretz répond "Toute sa vie est liée à ses dindons et la paix de son âme a autant de prix que celle des autres."
Ka :"Tu parles parfois des gens que tu croises aux AA, tu serais partant pour faire quelques articles sur ton blog (à moins qu'ils n'existent déjà), le récit global de ton expérience là-bas ? Par exemple avec le recul comment les différents types des personnes tirent profit du programme, ceux pour qui ça marche bien et ceux qui ont du mal ?"
RépondreSupprimerdevine quoi : ceux qui bossent sur eux-mêmes avec les outils qu'on leur suggère s'en sortent mieux que les autres, ceux qui se crispent sur leurs possessions ont plus de mal. Les groupes AA sont très différents les uns des autres selon les individus qui les composent, et puis rien que l'idée de me colleter à ça m'épuise. Même si c'est intéressant.
Bon, j'ai pris une heure pour survoler mon blog et regarder où j'en parle :
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/09/religions-imaginaires-reliances-relles.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/09/attentes.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/09/la-ngativit-nest-plus-ce-quelle-tait.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/09/victimes-consentantes.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/08/les-mots-vols.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/08/casser-des-cailloux-cayenne.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/07/souffrir-dans-la-joie.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/06/rdemption-de-lobjet-fascinatoire-vieil.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/06/de-limpossibilit-dalerter-les-bbs-comme.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/06/meilleurs-voeux-2006-en-direct-des.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/06/obnibul-par-les-sushis.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/06/petit-conte-pornol.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/06/le-bonheur-dans-labstinence-2.html
http://johnwarsen.blogspot.com/2008/06/grgaires-grgores.html
ça fait un petit best-of de noel.